Petites histoires de la langue française: le joual

Si la semaine dernière je vous disais que le projet de dictionnaire de l’Académie française avait permis de réaffirmer la beauté de la langue de Molière sous Louis XIV, sachez que le joual peut s’inscrire dans cette même volonté politique et sociale, d’une manière totalement inverse à la première.

Un peu d’histoire

Saviez-vous d’abord que le mot joual, vient de la manière dont on prononçait « cheval » ?

Le phénomène du joual a pris racine dans un Québec en pleine Révolution tranquille après que Paul Chamberland, André Major, Pierre Maheu, Jean-Marc Piotte et André Brochu aient décidé de fonder le magazine Parti Pris. Cette revue soutenait principalement que le Québec de cette période était aliéné d’un point de vue économique, culturel et politique, et dépossédé de son identité. C’est dans cette publication que le joual est rédigé et publié pour la première fois.

À l’instar du dictionnaire de l’Académie française qui voulait refléter la langue de l’époque, le joual se rapprochait nettement plus du français parlé au Québec que celui qu’on retrouvait dans les textes à ce moment là.

Bien sûr, la publication de cette forme de la langue française n’a laissé personne indifférent. Plusieurs auteurs s’affrontent sur la légitimité du Joual à l’écrit. Bien que le joual vivait massivement à l’oral, il n’était pas aussi noble qu’un français plus international. Dans cette lutte entre pros et antis joual, Jean-Paul Desbiens, auteur des Insolences du frère Untel, condamne la langue mise à l’honneur par Michel Tremblay, la jugeant « désossée, parlée par une race servile ».

De nos jours

La réalité de la langue telle que nous la vivons semble plus fidèlement reproduite dans les publications littéraires d’aujourd’hui. Paul-Marie Lapointe par exemple a largement exploité un juron bien populaire au Québec dans son recueil Le Sacre en 1998. La mode de la « chick lit », de même que les chansons entendues à la radio de nos jours, reproduisent totalement le français parlé au Québec.

Sans avoir toutefois de place récurrente dans notre littérature, le joual peut aujourd’hui servir de caractéristique d’identification de personnage, ou d’effet de style.

Sur l’échelle des registres de français allant de « populaire » à « soutenu », le joual se retrouverait quelque part entre le populaire, qu’on utilise principalement pour s’adresser à nos proches, et le familier, qu’on préférera pour la conversation avec des collègues ou patrons, par exemple. En ce qui concerne les deux autres, le registre courant est principalement utilisé pour la rédaction de textes, car il est plus international, et le registre soutenu pour la conversation avec des gens très importants, ou encore des discours d’état. À titre d’exemple, le verbe « gaspiller » relève du registre familier, tandis que « flamber » serait son équivalent dans le registre populaire, on retrouverait « dilapider » dans le registre courant et finalement « dissiper » dans le registre soutenu.

Bonne semaine!

Les insolences du Frère UntelLes insolences du Frère Untel

Les insolences du Frère Untel ont éclaté comme la foudre dans le ciel politique du Québec et ont lancé le mouvement de réformes que l’on a appelé la Révolution tranquille. Mais, quarante ans plus tard, la situation a-t-elle vraiment évolué? Jean-Paul Desbiens a ajouté à son texte d’abondantes notes qui font ressortir l’éternelle jeunesse de cette œuvre-phare dans l’édition québécoise.

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