Non classé Saint-Valentin — 17 février 2012
Lire sa Saint-Valentin

Il y a certaines choses dans la vie qu’on préfère oublier. En fait, on ne les oublie pas vraiment, on les enfouit simplement quelque part au loin. Mardi dernier était donc un mardi comme les autres (si on enlève les chocolats, les cœurs et tout le flafla commercial qui vient avec) pour moi.

Je me suis levée (du pied droit) pour me rendre à l’université. Tout le monde semblait absorbé par une sorte de frénésie qui m’échappe encore. Ce fut une journée relativement normale. Des affiches contre la hausse des frais de scolarité un peu partout sur les murs bruns, des ascenseurs qui ne viennent jamais, des files d’attente devant les micro-ondes. Bref, l’université.

L’un de mes charmants professeurs a eu la brillante idée de finir son cours plus tôt (beaucoup plus tôt je dirais) et l’envie de prendre un bon café réconfortant et un gâteau au chocolat me prit. Bien sûr, mes camarades préféraient rentrer chez eux pour faire je-ne-sais-quoi qui devait être beaucoup plus passionnant.

Mes bottes brunes frôlaient l’asphalte. On se serait cru au printemps. Pourtant, nous sommes bel et bien en février, synonyme d’amour et de fraîcheur (l’un ne va pas sans l’autre). J’ai choisi, rue Saint-Denis, un café qui m’était jusqu’alors inconnu. L’ambiance était agréable. L’odeur du café et la musique relaxante se voulait comme un baume sur mon cœur. Je suis sagement entrée, incognito, sans me faire remarquer. Je me suis assise dans un coin, prenant soin de choisir le bon angle pour pouvoir observer les individus anonymes.

La serveuse m’a apporté mon café un peu trop sucré et un gâteau qui était visiblement beaucoup trop gros pour mon petit estomac de jeune fille. J’ai commencé à déguster mon prix de consolation une fois que mon livre fut ouvert devant moi. Je débutai ma lecture.
Le livre était moyen et ma mine basse en disait long. Je me perdis un peu dans mes pensées (au vol j’y laissai quelques traces de chocolat et quelques goûtes de café). Ma gaffe me fit relever la tête. J’avais oublié un élément plus ou moins important : la Saint-Valentin. J’étais la seule âme attablée devant son livre, son gâteau et son café. J’ai croisé pendant une demi-seconde le regard d’un jeune homme et je suis revenue à mon gâteau. Il fallait bien que je le finisse et puis de toute façon, était-il interdit de se retrouver seule dans un lieu public à la Saint-Valentin ?

Je me suis dépêchée et j’ai payé l’addition (j’ai toujours voulu faire une blague et demander la « soustraction », mais mes amis sont plutôt contre et ne la trouvent pas drôle). Alors que je m’apprêtais à franchir le seuil, le jeune homme dont j’avais fui le regard plus tôt m’apporta à la course mon livre un peu platonique que j’avais (in)volontairement oublié dans mon coin d’observation. Je l’ai pris sans broncher. J’ai plus ou moins marmonné un « merci » timide et je suis partie.

Les cheveux au vent (pour faire poétique), le cœur léger (ou lourd), je me suis dirigée vers mon humble demeure. C’est seulement le soir venu, couchée dans mon lit douillet, que je me suis rendu compte que je n’avais pas du tout le bon livre, mais plutôt celui qui appartenait probablement au jeune homme qui me l’a remis. Un vieux bouquin comme on les aime, avec du vécu et de l’histoire.

Fanny Samson

Fanny Samson

Étudiante en journalisme à l'UQAM, Fanny Samson court après les nouvelles et la culture. Elle collabore à quelques publications étudiantes et régionales. Elle compte bien se faire sa place et vivre un jour de sa plume.

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A propos de l'auteur

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Étudiante en journalisme à l'UQAM, Fanny Samson court après les nouvelles et la culture. Elle collabore à quelques publications étudiantes et régionales. Elle compte bien se faire sa place et vivre un jour de sa plume.

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