Douleur. Thérapie. Confession.
Ces mots sont souvent utilisés pour décrire le thème des livres contemporains. Il semble qu’en ce moment le discours du traumatisme est omniprésent, plus encore que dans les époques précédentes. Le témoignage des traumatismes est parfois vu comme un phénomène récent du fait de la popularité récente de styles littéraires comme l’autofiction. Mais pourtant, sans nous en apercevoir, il y a longtemps que nous pouvons lire des récits qui exposent l’état de nos douleurs.
Le témoignage de la souffrance n’est pas exactement un genre qu’on retrouve en rayon à côté des romans policiers. Pourtant, la souffrance touche à tous les domaines. Le sujet s’infuse au sein même de la littérature, dans toute sorte de genres et sous toutes les formes, parfois dans une Å“uvre dite fictive, parfois dans une biographie. Dans la veine des grands écrivains tragiques, le vécu traumatique a toujours servi de source d’inspiration, de réflexion.
Alors, pourquoi ? Qu’est ce qui peut pousser un auteur à devoir s’exhiber, à explorer ses peines? Est-ce une façon d’attirer l’attention sur soi ? Je ne pense pas.
Contrairement à la vieille maxime qui dit « loin des yeux loin du cÅ“ur », les traumatismes ne s’effacent pas. Les traces d’un décès, d’une maladie, d’une rupture peuvent en surface se résorber, mais leur présence reste ancrée dans la peau comme une écharde impossible à retrouver, braise ardente qui brûlera jusqu’à ce qu’on soit totalement consumé, à moins, à un moment, de trouver de l’eau quand il est nécessaire de se soulager. C’est à ce moment que nous sommes souvent happées par la plume.
Au lieu de refouler un vécu douloureux et de continuer à en ressentir les symptômes émotionnels crées par le subconscient, c’est-à -dire d’être sous la pression des peines, le travail créateur permet à l’individu de faire face à ses douleurs et d’en avoir le contrôle. Écrire sa douleur peut donc paraître, à première vue, relever de l’acte obsessionnel, comme sortir les squelettes du placard sans raison. C’est pourtant en soulevant la poussière qui recouvre notre mémoire que nous parvenons à mieux nous comprendre, à dissiper le brouillard qui enveloppe nos souvenirs. Chaque traumatisme évolue différemment, et c’est la plume qui est l’outil qui permet de capturer cette bête, et de légitimer nos propres sentiments, enfin.
Dans le travail littéraire, il est aussi important d’écrire que de réécrire, de retravailler les textes. C’est en remodelant le texte, en développant les phrases, en choisissant les mots justes décrivant nos idées, que l’on peut redéfinir une expérience. On ne peut certes pas contrôler pas la blessure qui nous a été infligée, mais nous pouvons sortir du statut de «victime» grâce à l’écriture, passant d’un état passif à un état actif vis-à -vis de la douleur.
En écrivant, la possibilité d’une guérison s’ouvre à nous et il n’est plus nécessaire de se définir par le trauma et de s’obliger à masquer la réalité de notre existence. Sommes-nous une génération de confession ? Peut-être. Mais, les écrivains ont compris qu’il n’est pas nécessaire de souffrir en silence.






