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| Dernière «photo» du frère André avant l’annonce officielle de sa canonisation qui aura lieu le 17 octobre prochain. (Photo: Anastasia Pomares, Oratoire Saint-Joseph, 18 février 2010). |
Ils sont rares les humains qui expriment une parfaite harmonie entre ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qu’ils souhaitent. Lorsque nous avons le privilège d’en rencontrer un, nous sentons une grande paix nous envahir parce que les tribulations de notre esprit s’arrêtent d’un coup net. Pour la toute première fois peut-être, nous devenons conscients que la simplicité a bien meilleur goût que n’importe quelle course folle pour atteindre le succès, la fortune ou la gloire.
Ces êtres exceptionnels passent la plus grande partie de leur vie dans l’anonymat le plus complet et restent des soleils qui resplendissent uniquement pour leur petit univers. D’autres, avec le temps, sont reconnus par leur entourage, leur pays, leur communauté spirituelle et, beaucoup plus tard, par le monde entier. La célébrité les indiffère. C’est le lot des grands artistes et de ceux qui semblent être nés pour inscrire la beauté dans notre monde. Ils ne demandent rien en retour et leur bonheur tient uniquement au fait d’accomplir le quotidien selon les talents et les dons que la vie leur a donnés.
Je pense à François d’Assise, à Bhagavan Nityananda, à Catherine-Aurélie Caouette, à Ma Ananada Moyi, au frère Laurent, le cuisinier mystique des Carmes, et bien sûr à Marguerite d’Youville. Ils sont de toutes les traditions spirituelles et de toutes les couches sociales. Ceux qui me touchent le plus sont ceux qui n’auront vécu que de l’accueil et de l’ouverture aux autres. Aucun grand diplôme accroché à leur mur, aucun livre magistral à laisser en héritage, aucun discours irrésistible pour ameuter les foules. Un simple regard attentionné de joie et de bonté porté sur l’autre. La seule façon de les reconnaître est d’être à l’écoute de ce que nous ressentons en leur présence. Cette expérience ne trompe jamais.
Le frère André fait partie de ces êtres rares. Depuis le début du siècle dernier, des millions de personnes en ont témoigné. Parmi elles, Yvette Lachance, ma grand-mère maternelle, qui allait régulièrement le voir à l’Oratoire Saint-Joseph pour créer un espace de paix au cœur de son quotidien pas toujours facile.
De retour à la maison, elle resplendissait en racontant à son mari et à ses tout jeunes enfants le bonheur qu’elle avait eu de pouvoir rencontrer le petit frère de la montagne malgré les longues heures d’attente et les bousculades inévitables. En Inde, on donne le nom de darshan à ces rencontres privilégiées avec des saints. Ces moments durent quelques secondes à peine, mais nous en revenons toujours transformés sans qu’ils nous aient fait de long discours ni qu’ils nous aient accordé une attention particulière. Le seul fait d’avoir été en leur présence suffit à apaiser notre esprit et à ouvrir notre coeur.
Aujourd’hui, 19 février, le frère André fait parler de lui partout à travers le monde. Ce simple portier nous ouvre maintenant les portes d’une dimension beaucoup plus vaste. La biographie que l’auteure Micheline Lachance lui a consacrée en 1979 est une lecture extrêmement instructive et rigoureuse sur la vie de cet homme déconcertant, confiant et inspirant. Nous pouvons lire cet ouvrage comme un roman, mais nous avons aussi la possibilité de nous laisser toucher par le pouvoir de la simplicité extraordinaire de cet homme sans prétention qui ne craignait aucun obstacle.
En lisant Le frère André, nous sommes forcés de regarder différemment les gens de notre entourage. Qui, autour de nous, mine de rien, en apparence inintéressant ou hors normes, a le pouvoir de rendre notre vie meilleure? La beauté qui se laisse découvrir avec le temps est toujours plus bouleversante que celle qui nous saute immédiatement aux yeux. Aujourd’hui, certains membres de la communauté du frère André seraient sûrement les premiers à être étonnés du dénouement extraordinaire de ce destin imprévisible. Nul n’est jamais prophète en son pays… voilà toute la beauté de la vie ordinaire.
Pour en savoir plus: Le frère André sera canonisé (article de la Presse Canadienne)








