Geneviève Parent, sexologue et auteure du livre L’intimité harmonieuse, nous donne son point de vue sur la Saint-Valentin.
Encore une fête inutile… Une autre fête commerciale… C’est ce que bien des gens se disent. En tant que sexologue, spécialisée en relations de couple, je ne peux qu’être en désaccord. Inutile… non ! Commerciale… si vous le voulez ! Je m’explique.
La vie de couple, comme toute chose à laquelle on tient, a besoin d’attentions constantes. Idéalement, on devrait se dire tous les jours qu’on s’aime, on devrait faire l’amour passionnément comme au premier jour et ce, même après 10 ans de vie commune. Mais désolée si j’en déçois certains, la vie n’est pas idéale, elle est ce qu’elle est, point.
Elle comporte son lot de stress, d’occupations, qui font en sorte que même si on tient à l’autre, on ne le lui démontre pas autant qu’on le voudrait. La Saint-Valentin est là pour nous rappeler à l’ordre. Une journée par année consacrée à l’amour, est-ce trop ?
Cette journée, c’est un temps d’arrêt que l’on prend pour soi et pour l’autre. Et à ceux qui me disent : « Oui, mais moi, je n’ai pas besoin qu’on décrète une journée de Saint-Valentin pour démontrer mon amour à l’autre ». Ah bon! Donc, oublions les fêtes d’anniversaire qui, lorsqu’on les souligne, prennent tout leur sens parce qu’on prend un temps d’arrêt pour gâter la personne que l’on aime, lui dire qu’on est heureux de partager sa vie. Selon moi, la Saint-Valentin est au couple ce que la fête d’anniversaire est à la personne.
À ceux qui se plaignent de son côté commercial, eh bien n’embarquez pas ! Mais refusez aussi de consommer lors des anniversaires de naissance et des fêtes de Noël parce que c’est tout aussi commercial !
L’amour ne se mesure pas en dollars aussi, rien ne sert de dépenser une fortune pour souligner la Saint-Valentin; une carte, des fleurs, une boîte de chocolat fera tout aussi plaisir. L’important, c’est que vous aurez pris un temps d’arrêt, dans votre année, pour souligner à l’autre votre amour. Partout dans le monde, des milliers de personnes feront comme vous et lorsqu’on fait quelque chose en « gang », c’est tellement plus vibrant…
Bonne Saint-Valentin!







Jean-Sébastien Marsan
Bonjour Mme Parent,
Permettez-moi d’être en désaccord avec votre propos sur la Saint-Valentin et le couple. Je crois que la Saint-Valentin ne devrait pas être célébrée par les couples. Les couples ont besoin de ces temps d’arrêt dont vous parlez, j’en conviens, mais ils devraient laisser la Saint-Valentin aux célibataires.
La Saint-Valentin, comme Noël et d’autres fêtes, a été détournée de sa fonction originale. Ce que nous appelons aujourd’hui la fête des amoureux était, à l’origine (aussi loin qu’au XIIe siècle, selon certains spécialistes), une occasion de rencontre pour célibataires. C’était une coutume païenne, que le christianisme a tenté d’encadrer en décrétant qu’un saint Valentin sera désormais le patron des amoureux. Au XIXe siècle, les Britanniques et surtout les Américains ont fait de la Saint-Valentin un commerce.
Jusque-là , pas de problème. La Saint-Valentin, c’était une occasion en or pour séduire, rencontrer quelqu’un.
Au XXe siècle, l’Occident a basculé dans la surconsommation. Dans une société de surconsommation, les commerçants tentent constamment d’élargir leur marché. Et dans une société de surconsommation, l’histoire et la culture foutent le camp, on a tendance à faire table rase du passé. Ce qui fait que la Saint-Valentin est aujourd’hui une fête ultracommerciale, une fête coupée de ses racines historiques et surtout une fête célébrée par tout le monde, incluant les couples et les enfants (cette semaine, les écoles vont organiser toutes sortes d’activités liées à la Saint-Valentin).
Personnellement, je trouve ça dommage. Si tout le monde peut fêter la Saint-Valentin, ça dilue le sens original de la fête. De plus, ça stigmatise les gens qui seront seuls le 14 février (quand on n’a personne dans sa vie le soir de la Saint-Valentin, on a vraiment l’impression d’être au ban de la société, c’est très désagréable).
Nous devrions revenir aux sources de la Saint-Valentin, c’est-à -dire une occasion de rencontre amoureuse, et rien d’autre. Dans une société comme le Québec, où les comportements de séduction sont en voie d’extinction et la rencontre amoureuse si difficile, ce ne serait pas du luxe!
Qu’en pensez-vous?
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Julie
Je ne suis pas du tout d’accord!
La St-Valentin peut être célébrée par les couples ET les célibataires ET les enfants. Justement, quand on n’est pas en couple, rien ne nous empêche de célébrer la journée entre amis, ou avec toutes les autres personnes qui comptent pour nous. Certains en profitent même pour se faire une soirée « cocooning » en solo devant bonne bouffe et bon film.
Pour ce qui est du côté commercial, il suffit d’user d’ingéniosité pour souligner l’occasion sans verser des centaines de dollars dans les poches des commerçants. Il n’y a pas que les cartes Hallmark, les fleurs et le chocolat.
Toutes les fêtes devraient être célébrées par tout le monde, ce sont des occasion de briser la routine, de prendre un temps d’arrêt et de faire quelque chose de spécial – pour profiter de la vie. Vous me direz qu’on peut faire ça au quotidien, mais les fêtes et les traditions nous donne l’occasion de le faire.
Alors au lieu de maugréer, pourquoi ne pas organiser un événement de célibataire et célébrer la St-Valentin comme vous le voulez bien?
Jean-Sébastien Marsan
@Julie: Je suis bien d’accord avec vous lorsque vous dites que les fêtes doivent être des occasions de briser la routine, de prendre un temps d’arrêt, de se livrer à une activité relax avec nos proches. Mais le problème, c’est que les fêtes comme la Saint-Valentin et Noël, ultra-commerciales, sont devenues très stressantes: les gens se mettent beaucoup de pression sur les épaules, veulent « réussir » à tout prix leur réveillon de Noël ou leur soirée du 14 février…
Vous savez, bien des Québécois sont aujourd’hui très ambitieux et très individualistes. Ils veulent « réussir » leur vie, et tous les aspects de leur vie: études, travail, amis, couple, famille, vacances, etc. Cette logique de consommation, cette exigence de performance et de résultats se reflète dans la vie de couple: on « magasine » son partenaire sur Internet ou dans un speed dating, on prend quelqu’un à l’essai et on le jette à la poubelle s’il ne donne pas rapidement satisfaction, on veut « performer » dans toutes les situations, on veut « réussir » sa soirée de Saint-Valentin sur tous les plans, etc.
La vie de couple est déjà suffisamment compliquée au Québec, pourquoi faudrait-il que les couples se sentent obligés de faire quelque chose à la Saint-Valentin? (D’autant plus que cette fête était à l’origine destinée aux célibataires, comme je l’expliquais précédemment.)
À mes yeux, l’obligation de faire quelque chose de « spécial » à la Saint-Valentin n’est qu’une manifestation de conformisme, une norme sociale, car tout le monde (des enfants aux vieillards en passant par les célibataires et les couples) est désormais tenu de se joindre à la grand-messe de la Saint-Valentin.
Vous avez raison de dire que je suis en train de maugréer. La Saint-Valentin, ça m’a toujours fait suer! Pourquoi tant de couples accordent une telle importance à la Saint-Valentin alors que le reste de l’année, ils ne sont pas foutus de faire de petits gestes tout simples comme s’offrir des fleurs ou de petits cadeaux sans prétention? Par conformisme, tout simplement.
Je réclame le droit à la dissidence!
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Julie
@Jean-Sébastien
Si le goût de fêter la St-Valentin ne vous vient pas, alors libre à vous de ne pas la célébrer!
Je crois davantage en l’authenticité qu’en la conformité (ou à la marginalité). Il suffit de faire l’effort de chercher à l’intérieur de soi ce qui nous fait réellement plaisir et ce qui nous ressemble, ce qui correspond à nos valeurs et préférences. Et de l’assumer. Ça ne se fait pê pas si facilement, mais au lieu de mettre le blâme sur la société, souvenons-nous que nos choix nous appartiennent.
Et sur votre idée de la réussite à tout prix… Je crois pertinemment qu’on peut réussir sa vie et qu’il est légitime de se lancer à la poursuite de nos rêves et de nos idéaux – c’est d’ailleurs le message principal de mon blogue. Seulement, il faut définir notre propre définition de succès et de réussite. Il faut choisir nos batailles, laisser nos peurs d’être jugés et les conventions sociales de côté pour des projets/activités/fêtes qui ont une signification pour nous et qui nous tiennent à coeur. Pour moi, célébrer la vie (et l’amour, l’amitié, la famille) et les petites traditions – quoique simplement – en fait partie, tant pis si ça tombe pile avec une fête commerciale.
Jean-Sébastien Marsan
@Julie: j’aime bien votre manière pragmatique de voir l’amour (et le reste).
Et félicitations pour votre blogue, que je ne connaissais pas. Il est très bien fait!
Geneviève Parent
@ Julie
Le mot que vous utilisez résume à lui seul assez bien ma pensée : « Authenticité ». Célébrer une fête à laquelle on ne croit pas perd tout son sens. Souligner notre amour à l’occasion d’un anniversaire, pourquoi pas? Si le coeur y est…