Le plaisir de prendre le thé avec un ami est toujours un moment apaisant qui oriente naturellement la conversation vers les choses essentielles. C’est une invitation à la parole juste, aux confidences sincères et à l’approfondissement des relations auxquelles nous tenons le plus. L’art de prendre son temps est tristement devenu un luxe pour ceux qui préfèrent les messages écourtés et vides d’émotions de certaines plates-formes du monde virtuel. Mais heureusement qu’il existe encore des moments et des moyens bien concrets pour rester simplement humain.
En 2009, j’ai fait découvrir les bienfaits digestifs du thé Pu Er à mon amie chanteuse d’opéra, la douceur veloutée du Tan Huong vietnamien à quelques-uns de mes collègues et les sublimes et insoupçonnables effets tantriques du chai à la cardamome à mon copain Jivan. Une histoire de partage qui est loin d’être terminée puisque, comme dans l’univers du vin, les possibilités de découvertes sont infinies.
Au Québec, nous avons la chance d’avoir l’une des boutiques de thé les plus réputées au monde. Entrer chez Camellia Sinensis est une aventure sensorielle et raffinée qui nous permet de découvrir les terroirs de la Chine, de Taïwan, de l’Inde, du Japon et des autres grands pays producteurs. Il y a aussi les grands crus de l’Afrique du Sud, du Kenya, du Malawi, de l’Indonésie, du Népal et du Sri Lanka qu’il nous faut apprivoiser. C’est grâce aux propriétaires de cette boutique si j’ai pu me découvrir une passion pour les Pu Er, les Sencha et certains Wulong envoûtants.
Chez Camellia Sinensis, il est bon de ne pas se presser, de discuter avec les propriétaires et de déguster des thés que nous n’aurions jamais pu découvrir ailleurs. L’audace est un atout qui peut nous mener loin. Chaque année, ces dégustateurs professionnels partent chacun de leur côté pour rencontrer des producteurs et acheter le fruit des récoltes de la meilleure qualité. Les relations amicales qu’ils ont tissées au fil des années avec plusieurs familles productrices sont à l’image des liens soutenus qu’ils créent avec leurs clients. Leur boutique est maintenant connue pour être l’une des cinq meilleures dans le monde entier.
Si vous voulez faire une incursion de haut niveau dans cet univers illimité, je ne saurais trop vous recommander le livre Thé que ces passionnés viennent de publier. Peu d’ouvrages consacrés à ce sujet contiennent autant d’informations pertinentes. Les photos à elles seules méritent toute notre attention. J’aime aussi les pages consacrées au thé dans la gastronomie. Les recettes des Pièces de bÅ“uf au Wulong de Normand Laprise, des Petits pots de crème au Hojicha de Masami Waki et de la Crème chocolat-thé aux kumquats et aux noisettes de Patrice Demers m’ont permis de créer un menu des fêtes en un rien de temps.
L’une des particularités exclusives de ce livre est le résultat d’une analyse biochimique faite par  TransBIOTech, un centre de recherche et de transfert en biotechnologique. Je suis sûre que le chercheur Richard Béliveau, auteur du best-seller Les aliments contre le cancer, s’empressera de lire cette étude qui traite de la concentration de caféine, de catéchines et d’antioxydants de 35 différents thés.
Je fréquente la boutique de la rue Émery depuis son ouverture et deux autres ont maintenant pignon sur rue au marché Jean-Talon de Montréal et dans le quartier Saint-Roch de Québec. Je ne connais aucun autre commerce où l’on ressent une telle paix et où l’on reçoit un tel accueil. Dans notre monde où tout va trop vite, voilà un havre exceptionnel où il est permis d’arrêter le temps qui passe et de trouver un bonheur tout simple grâce à quelques feuilles de thé choisies avec goût et préparées avec soin. Un art exquis que l’on a inévitablement envie de partager avec tous ceux que l’on aime.






