On veut parcourir le monde, marcher sur la lune. On se préoccupe de nos placements bancaires et de posséder la plus belle voiture du quartier. On rêve de gagner le million et de devenir une star. On regarde les réalités show pour se désennuyer de notre propre vie et on envie nos voisins. On discute de météo, de match d’hockey et de nos nouvelles conquêtes.
Mais étrangement, la paternité demeure un sujet tabou. Que ce soit la relation envers notre père ou la façon pour les hommes de vivre leur paternité, on se tait. Les hommes sont empreints du silence que la société a imposé : Un homme ça ne pleure pas ! Sois fort et performant ! Une étude stipule que l’on accorde quatre fois plus d’attention à une blessure de petite fille qu’à celle d’un p’tit-gars. N’est-ce pas une façon moderne d’ostraciser la parole et les émotions ?
Dans le contexte social où la notion de famille est en bouleversement et que le modèle du père pourvoyeur est désuet, des modèles de pères, il y en a une dizaine. Chacun fabrique sa propre façon de faire et chacun invente, ou du moins tente d’inventer, une définition à la question fondamentale « À quoi ça sert un papa ? ».
Extirpé du silence, j’ai reçu des tonnes de confidences de père et de fils empreintes de sensibilité. À mon grand étonnement, je suis envahie de remerciements et j’en suis un peu gênée. Car, c’est à moi de les envelopper de ma gratitude pour leur courage d’avoir levé le voile de leur intimité.
Des tonnes de mercis puisque ces textes auront permis à ces hommes de vivre une expérience d’introspection qu’ils s’étaient interdits jusqu’à maintenant. Que le fruit de ces témoignages aura été une occasion de communication avec leurs enfants alors que d’autres vivent une réconciliation inespérée avec leur paternel. Puisqu’enfin, ils ne sont plus seuls avec leur questionnement. Le bouclier est tombé.
Je ne connais toujours pas la définition scientifique d’un papa. Mais, je suis profondément convaincue que chaque père devrait faire l’exercice d’écrire à son ou ses enfant(s) et que tous les hommes et femmes devraient réfléchir au lien qu’ils ont avec leur père. Pour faire le deuil de vieilles blessures, pour comprendre l’autre et ensuite vivre sans le poids du monde sur nos épaules. Moi, je me souviendrai toujours d’une toute petite phrase de mon père qui a transformé ma vie « Je suis fier de la femme que tu es devenue et tu sais, être forte c’est aussi avoir d’la peine ! ».
Malgré la plus belle plateforme de fleurs, malgré la plus belle réussite professionnelle, l’être humain a le besoin fondamental de se connecter à ses origines, de ne jamais oublier d’où il vient et de transmettre un héritage qui ressemble à des valeurs basées sur l’amour, le bonheur et la générosité.
Je lâche-prise… je ne veux pas connaître la définition scientifique d’un papa. Car, je sais qu’un père est une figure marquante et essentielle pour l’enfant de 0 à 77 ans. Et, je crois comprendre qu’un père, c’est être soi-même et laisser libre cours à la créativité en toute simplicité.
Geneviève Landry, co-auteure d’Enquête de paternité






